C’est l’alarme pour nous tous, gens de plume, éditeur et libraires. Les lecteurs/trices semblent décrocher, distraits par les écrans, les réseaux sociaux et d’autres sollicitations. Et comme si cela ne suffisait pas, un ogre est apparu : l’IA qui pompe notre travail d’auteur-trice et le régurgite à une vitesse phénoménale, en articles, livres ou présentations. Alors bien sûr la rentrée littéraire – une spécificité française – peut rassurer : quelque 450 nouveaux romans vont être publiés d’ici octobre. Certes. Mais combien trouveront leurs lecteurs ?
Pour mesurer l’ampleur de cette désertion, le magazine culturel allemand die Zeit a lancé, il y a peu, une vaste enquête : il a demandé à ses lectrices-teurs quelle attention et combien de temps ils consacraient au livre. Avec un questionnaire qui ressemble un peu au jeu de l’effeuillage des marguerites « Un peu, beaucoup, à la folie ». Quant au Monde, il publie une série d’articles sur le thème « le déclin de la lecture » (1). En fait, jamais notre relation à l’écrit n’aura fait couler autant d’encre. Il y a de quoi… Les signes d’alerte se multiplient. Le Centre national du livre (CNL) a publié en avril 2025 les conclusions accablantes de son baromètre bisannuel « Les Français et la lecture » réalisé par Ipsos. Résultat : « La part des Français se déclarant spontanément lecteurs diminue sur toutes les catégories ». Elle a atteint son niveau le plus bas depuis 10 ans ! Pire, « 27% des lecteurs font autre chose en même temps qu’ils lisent ». J’aimerais bien une petite démonstration ! La conclusion est que pour leurs loisirs, les Français se tournent de plus en plus vers internet pour différentes activités. Et ce n’est pas une exception française, car 16% des Allemands ne consomment jamais de livre, d’après une étude Yougov suisse. Dans cette catégorie les hommes entre 45 et 59 ans sont surreprésentés. Les lecteurs sont en fait des lectrices.
Pas étonnant donc que le nombre de fermetures de librairies se multiplie, citons les plus emblématiques pour la France comme Gibert, Furet du nord et Decitre, placés en redressement judiciaire. Nous en avons déjà parlé à Notices d’Allemagne. Et les éditeurs sont également à la peine. En témoigne le déménagement du prestigieux éditeur S. Fischer de Francfort – la ville de la Foire du Livre – à Berlin, par exemple.
Le livre, une simple parenthèse?
La question que pose le Monde sur le « déclin de la lecture » est assez vertigineuse : l’ère de Gutenberg n’aura-t-elle été qu’un épisode ? Une « parenthèse » selon l’expression d’un spécialiste des médias danois Lars Olé Sauerberg, entre le XVe siècle et notre millénaire. Cinq petits siècles, presque rien à l’échelle de l’humanité. Par contre, notre tendance à la dispersion, elle, est ancienne. Déjà le philosophe Pascal dressait un bilan peu flatteur de ce défaut. « Tout le malheur humain provient de notre incapacité à rester immobile en paix, seul dans une chambre. » Cette phrase célèbre tirée des Pensées (fragment divertissement) date du XVIIe siècle. Que dirait-il de notre époque ! Quant au philosophe allemand Friedrich Nietzsche (1844-1900) il recommandait de « bien lire, c’est-à-dire lentement, avec profondeur, égards et précautions, avec des arrière-pensées, des portes ouvertes, avec des doigts et des yeux délicats ».
L’arrivée de l’IA bouscule tous nos repères. Et met les auteurs devant un dilemme : faut-il utiliser l’aide que peut procurer l’IA et si oui dans quelle mesure ou au contraire, l’ignorer ? La question se pose également pour les journalistes. Le magazine d’investigation der Spiegel y a consacré dans son édition du 26 juin dernier un dossier en s’interrogeant sur sa propre pratique. Le résultat de plusieurs heures de réflexion de débats en interne est une décision résumée par le rédacteur en chef du magazine : « Nous ne laissons pas l’IA écrire ou réécrire nos textes. » Une décision basée sur la conviction que le lecteur du Spiegel ne veut pas acheter un magazine produit par une machine, mais par des êtres humains.
La pseudo littérature de l’intelligence artificielle
Ce qui vaut pour les journalistes vaut également pour les auteurs-trices, à mon avis. L’IA n’est qu’une machine – fabuleuse, certes – à plagier, recopier et recracher notre travail ou synthétiser ce qu’il a pillé sans rémunérer. Sa vitesse est confondante. Et sans doute, de nombreux auteurs n’hésitent plus à s’en servir pour faire des recherches, mais c’est un terrain glissant. Car le lecteur de fiction, celui qui cherche à vibrer, s’évader, voire se consoler ou même se reconstruire comme en a témoigné le journaliste Nicolas Demorand ne cherche sans doute pas des écrits sans âme, pondus par des algorithmes, selon une logique d’ingénieur. Mais le danger guette, car l’IA s’améliore à force de copier. Et le lecteur/trice pressé qui ne cherche qu’un peu de distraction durant ses trajets par exemple, peut accepter ou tomber dans le piège tendu par l’IA. Des livres entièrement plagiés et écrits par les algorithmes sont vendus sur les plateformes, comme a pu le constater l’écrivain globe-trotteur Julien Blanc-Gras qui a découvert sur Amazon un ouvrage signé de son nom, mais… qu’il n’avait pas écrit ! Il n’est pas le seul. Mais les recours en justice sont minces, comme il a pu le constater. Face à cette intelligence artificielle qui fait « vaciller le réel », selon les mots de Julien Blanc-Gras, la proposition de loi Darcos, qui reprend les demandes des organismes de droit d’auteur, veut établir en principe « la présomption d’utilisation des contenus culturels » par les IA. Cela ouvrirait à tout le moins une possibilité de rémunération contractuelle. Elle a été votée par le Sénat, mais elle est en attente à l’Assemblée nationale et le gouvernement – peut-être pour ne pas froisser les géants de la tech – ne semble pas pressé de la soutenir. En attendant, des formations – payantes – sont proposées aux auteurs pour les orienter dans la nouvelle jungle de l’IA. Avec une question fondamentale, un auteur/trice peut-il utiliser l’IA et si oui, dans quelle mesure ? Personnellement, je pense que, comme la fast-fashion, il y aura une fast-littérature (peut-on encore employer ce mot ?) écrite à grands coups d’algorithmes, mais des livres de qualité, qui reflètent des émotions humaines paraîtront toujours. Néanmoins, il va devenir très difficile et peut-être inutile de refuser l’aide de l’IA pour les recherches et peut-être même le contrôle de la structure du texte. Au lecteur/trice de choisir, à condition qu’il soit honnêtement informé.
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(1) Le déclin de la lecture face à l’avènement des écrans marque-t-il la fin de l’ère démocratique par Valentine Faure – 13 juin 2026
Ma petite librairie (garantie sans intelligence artificielle)
Silence de mort dans le Golfe En vente chez tous les libraires sur commande, y compris à la FNAC ou chez Thalia. Et sur les plate-formes numériques Amazon, Kobo, librairie Bod.fr (Prix 10,99€) Et dans les relais presse, comme sur la photo, sur les bords du Golfe du Morbihan.
Rien de mieux qu’un polar pour découvrir la Bretagne, terre de secrets ! Deux meurtres en quelques jours dans une famille d’ostréiculteurs : ce n’est pas banal. Surtout dans une région tranquille du Golfe du Morbihan. La commandante de gendarmerie Nathalie Dumoulin est sous pression. Les médias s’impatientent, le procureur aussi. L’affaire fait grand bruit jusqu’à Paris. Au milieu de cet imbroglio, le cœur de la commandante Dumoulin bat la chamade tandis qu’à la gendarmerie les rivalités éclatent. Saura-t -elle s’affirmer ? Elle en doute parfois mais on aurait tort de la sous-estimer.
Autre tonalité :
Puisqu’il faut partir, Ed. Complicités (2022). En vente dans toutes les librairies et sur les plate-formes numériques (19€)
Ce roman évoque la saga d’une famille franco-allemande les Beck, et notamment le héros Dominik, qui quittent la Lorraine en 1789 et repartent dans leur village allemand d’origine. La révolution est sur leurs talons, les troupes déguenillées des Sans-Culottes, puis celles de Napoléon occupent leur village en Hesse rhénane. Sauront-ils survivre aux tribulations des guerres révolutionnaires, peut-être même tirer quelque profit de cette présence française ? Et quel sera l’horizon des nouvelles générations ? L’émigration est le thème de ce roman, qui, je l’espère saura vous captiver…


