A toutes et à tous, lectrices et lecteurs assidus ou nouvellement arrivé(e)s, mes meilleurs vœux de bonne année ! Grâce à vous et votre présence, ce blog continue d’explorer de manière personnelle et forcément subjective, les débats politiques, historiques mais aussi les évènements ou les réflexions qui agitent et transforment le pays économiquement le plus puissant d’Europe, l’Allemagne. A l’occasion des réjouissances du Nouvel An, Notices d’Allemagne vous invite à revenir sur une sélection d’articles qui montrent la diversité de ce blog, en particulier son élargissement à la littérature. Une nouveauté qui se poursuivra au long de la nouvelle année 2022. Cliquez simplement pour lire.
C’est avec tambours et trompettes que la Bundeswehr a rendu un dernier hommage à la chancelière, Angela Merkel. Une cérémonie protocolaire habituelle au départ des chefs de gouvernements allemands. La passation de pouvoir avec le nouveau chancelier Olaf Scholz, aura lieu le 8 décembre. A cette date, «l’ère Merkel » prendra fin. Sans heurts, on pourrait presque dire en harmonie. Un départ qui résume assez bien une partie de la personnalité d’Angela Merkel.
– La chancelière Angela Merkel (Photo de Wolfgang van de Rydt sur Pixabay)
Y a-t-il un pilote dans l’avion ? Taux affolants de contagion COVID, hôpitaux débordés, confinement partiel dans certains Länder, l’épidémie de Corona flambe en Allemagne. Et le pays, mal géré, entre deux gouvernements, semble avoir perdu son cap…
Image Pixabay
« L’Allemagne, ça fonctionne » : c’est la réponse que font la plupart des étrangers à la question : « pourquoi avez-vous choisi ce pays ? ». C’est vrai, on ne vient pas en Allemagne pour le soleil, la bonne chair ou la légèreté. Non, si l’on s’y installe, c’est parce qu’il y fait bon vivre grâce à une société aux règles claires et prévisibles, sans passe-droits, aux services publics en ordre de marche, comme la santé et bien sûr pour le travail. Il faut hélas reconnaître qu’en ce moment ce n’est plus le cas. L’Allemagne est en disfonctionnement à tel point qu’elle en vient à regarder avec envie les pays du sud, comme le Portugal, l’Espagne ou l’Italie, en général largement décriés pour leur mauvaise gestion ! C’est dire ….
Alarme dans les hôpitaux
Pour comprendre cette débâcle dans la crise sanitaire, un chiffre d’abord : 11 millions de personnes sont encore non vaccinées en Allemagne! Le pays se trouve au moment le plus « dur » et « dramatique » de la pandémie, a déclaré le ministre de la santé encore en fonction Jens Spahn, lors de sa conférence de presse de samedi 27 novembre. Dans des régions comme la Saxe, la Thuringe, la Bavière ou le Bade-Würtemberg, les hôpitaux ont atteint la limite de leur capacité. Des transferts de malades comme on l’a connu en France, sont organisés par l’armée de l’air dans un Airbus médicalisé. Les régions les plus touchées sont celles où les taux de vaccination sont les plus bas. Alors que signifie cette résistance au vaccin dans un pays plutôt connu pour « faire corps », en particulier dans l’adversité ?
Réfractaires au vaccin
Les motivations des « Querdenker » (ceux qui pensent autrement) sont complexes : dans les Länder de l’est, anciennes terres de la RDA, l’attitude « anti-vax » (anti-vaccin) est corrélée avec l’adhésion au vote AfD (extrême-droite), particulièrement présent dans ces régions. On a pu compter une centaine de manifestations dans toute l’Allemagne, certaines très violentes. Mais il n’y a pas eu que les Länder de l’est à être anti-vaccins, il faut aussi signaler la prospère Bavière ou la région du Bade-Würtemberg, championne de l’automobile. Il a fallu un certain temps pour arriver à comprendre qui étaient ces réfractaires virulents. On sait désormais qu’une partie de ces manifestants sont infiltrés par l’extrême droite la plus virulente comme les Reichsbürger, qui sont sous observation des services de renseignement (Verfassungschutz) allemands. Mais ce n’est pas tout. Car dans l’ensemble, le mouvement est extrêmement hétérogène, c’est en tous cas ce qu’a conclu une étude menée par une équipe de l’université de Bale, sous la direction du sociologue Oliver Nachtwey. En fait ce qui unit les différents groupuscules serait, d’après les scientifiques, plutôt une mentalité qui se construit autour de quelques grandes lignes : une défiance très forte vis-à-vis de l’état et de ses institutions, des médias établis et des partis. En contrepoint fleurissent les thèses anti-médecine moderne, l’idée d’un retour à la nature et une conception mystique, voire ésotérique de la vie, telle qu’on peut la trouver par exemple dans des milieux anthroposophes ou autres cercles qui se définissent comme anti-autoritaires.
Lourdeurs structurelles
Cette irruption de l’irrationalité dans la sphère publique mais aussi la violence et les expressions de haine, Angela Merkel et les membres de son gouvernement, représentés lors d’une grande manifestation à Berlin en tenue de prisonnier, ont troublé le débat et freiné l’action publique. Une action dont la lenteur a par ailleurs exaspéré la population dans son ensemble, pour des motifs assez semblables à ceux de la France : manque de masques, manque d’outils numériques dans les Agences de santé (Gesundheitszenter), manque de doses de vaccins, alors que la formule révolutionnaire à ARN messager a été mis au point par BioNTech (distribué par Pfizer) une start-up allemande de Mayence, sans compter plus récemment encore, à l’heure de la troisième dose, l’annonce par le ministre de la santé de ne plus importer de BioNTech ! Déclaration rapidement revue. Mais à cela, s’est ajoutée une spécificité allemande : le fédéralisme. Certes une conférence de coordination entre l’Etat et les Länder pour lutter contre le Covid a été lancée dès le 12 mars 2020 et s’est depuis réunie 12 fois. Mais avec ébahissement, l’opinion publique a constaté qu’à peine une décision était-elle prise en commun, que dès le lendemain, un Land n’hésitait pas à produire un arrêté inverse, par exemple sur l’ouverture ou la fermeture des écoles ou des magasins. Sans compter qu’avant même la tenue de chaque conférence, les Länder et l’Etat fédéral se disputent sur la date à laquelle elle devrait ou pourrait se tenir, c’est-à-dire sur l’urgence de la situation. Et ne parlons pas de quelques séances marathon pour ne pas aboutir ou accoucher d’une souris. Couvre-feu ou pas, si oui, à quelle heure etc…Une cacophonie illisible, qui ajoutée au lockdown (confinement) a mis les nerfs des Allemands à vif, mais a surtout décrédibilisé l’action politique. Jusqu’à la fin de son mandat, la chancelière Angela Merkel aura eu grand peine à unir les Länder autour d’une position commune.
vaccination : débats sans fin
Dans ce climat extrêmement tendu, il a été impossible au gouvernement allemand d’imposer une mesure pourtant acquise en France : la vaccination obligatoire des personnels de santé ou de soins. Quant au pass sanitaire- en Allemagne c’est la règle des 2G – vacciné avec code barre ou guéri – renforcée aujourd’hui à 3 G, c’est-à-dire, avec test supplémentaire, elle n’a été étendue qu’après beaucoup de discussions, ces jours-ci. Soyons honnête, la dernière vague de Covid a atteint l’Allemagne en pleine campagne électorale. Les décisions qui font mal, ont été remises à plus tard. Résultat : l’Allemagne s’est enfoncée dans la crise sanitaire. Et c’est seulement maintenant, alors que l’accord de coalition entre les trois partis social-démocrate (SPD), Verts (die Grünen) et Libéraux (FDP) est signé et rendu public, alors que le chancelier Olaf Scholz doit bientôt être nommé, que le futur et actuel ministre du travail annonce que l’obligation vaccinale des personnels soignants sera introduite avant Noel. Un progrès certes, mais à la course de lenteur, c’est le virus qui gagne à tous coup.…
On a pu voir, sur toutes les estrades et les plateaux de télévision durant la campagne électorale, les candidats à la chancellerie proclamant, main sur le coeur, que la lutte contre le changement climatique était leur priorité. Mis à part les candidats du parti d’extrême-droite AfD. Mais, dans la réalité, les citoyens ont souvent une autre impression…
« On nous prend pour des idiots», voilà le titre d’un éditorial vengeur du quotidien General Anzeiger de Bonn, l’ancienne capitale, à deux jours de l’élection. Il suffit de lire l’article pour comprendre : les prix du ticket de bus et de tramway de la région Cologne-Bonn vont augmenter de 1,5% au premier janvier prochain. (Ils sont déjà très élevés : 2,90€). Mais, étrangement, la décision ne sera prise définitivement qu’après les élections législatives ! Les responsables politiques craindraient-ils la colère de leurs électeurs ? Ce genre de manœuvre en tous cas ne renforce guère la confiance des citoyens.
Un bus indispensable mais cher, dans le trafic du soir à Bonn
Confiance ébranlée
Sur le papier, la raison de cette augmentation est compréhensible : la régie des transports (ÖPNV) est en déficit depuis des années. Les communes n’arrivent pas à financer les transports en commun par le seul prix du ticket, et ce, malgré les augmentations régulières. Des solutions sont régulièrement invoquées : subvention de la région (le Land) ou de l’état. D’autres pistes sont discutées, plus innovantes, comme de reverser l’argent collecté dans les parkings à la régie des transports en commun. Mais dans la réalité, rien ne se passe et pour une famille, la voiture reste la plus rentable. Alors, malgré les discours électoraux, tant pis pour la transition énergétique. Le climat attendra !
Après la catastrophe
Ici, la catastrophe a déjà eu lieu. Ici, c’est dans la région de l’Ahr. Je vous en ai parlé dans le post précèdent. Et là encore, certaines victimes n’ont pas l’impression que cet évènement hors normes ait provoqué un véritable changement. Deux femmes, Doris Schmitten et Katherina Müller, originaires d’un des villages les plus ravagés, Insul, ont lancé début septembre une pétition intitulée Reconstruction de l’Ahr : La nature et les humains ensemble (Wiedahraufbau-Natur und mensch gemeinsam) qui a déjà rassemblé quelques 4500 signatures et est soutenue par le groupe local des Grünen. Elles dénoncent le fait que la rivière soit réinstallée dans son ancien lit sans prévoir des zones suffisantes de débordement. Elles s’insurgent que des habitants pensent à acheter des chaudières à fuel alors que d’autres « sont obligés de démolir leur maison parce que 4500 litres de fuel ont inondé leur cave », comme elles le confient au journaliste du quotidien General Anzeiger. Leur pétition réclame, elle, un changement de paradigme : un système énergétique décentralisé avec chauffage par thermie solaire et pompes à chaleur. Plutôt que de remettre en route des stations d’essence, elles demandent l’ouverture de lignes de chemin de fer dans la vallée et l’installation de bornes de recharge pour voitures électriques. Bref, autant de mesures pour lutter contre les effets du changement climatique que la population de cette vallée a vécu dans sa chair avec un bilan sidérant de plus de 140 victimes.
On le voit, le fossé entre les déclarations politiques proférées du haut des estrades et la réalité vécue par les citoyens existe et provoque l’incompréhension. Les conséquences de cette rupture de confiance peuvent être graves : de l’abstention aux élections aux manifestations violentes, en passant par des pétitions engagées. Seul un réel débat avec les citoyens concernés, peut amener à politiques adaptées aux différents territoires. Le climat, indifférent à nos tergiversations, n’attend pas…
Berlin sous le soleil, c’est une invitation à la balade. Je vous propose de découvrir un endroit prisé des Berlinois, le parc du triangle des chemins de fer (ou des trains)…Un nom qui ne sonne pas vraiment comme une invitation à la flânerie. Détrompez-vous. C’est justement cela, la fascination de Berlin… Lire la suite →
Dans le climat tendu et agressif, cette atmosphère de colère et d’émotion que nous vivons, prenons-le temps d’une pause orientée vers des valeurs simples : l’amitié, la musique, la bonne chère, la lecture et surtout la tranquillité. Profitons-en pour nous tourner vers nous-même, juste un moment. Avant de revenir dans le bruit et la fureur du monde. Notices d’Allemagne sera au rendez-vous, avec des rencontres, des analyses ou des promenades, dans la formule sans contrainte qui est la marque de fabrique de ce blog.
En attendant bonnes fêtes pascales à vous, chers lecteurs, où que vous soyez dans le monde…
Ne plus payer pour les bus, trams ou métros, quelle bonne idée ! On ne la doit pas à un écolo idéaliste mais au très sérieux ex-chef de la chancellerie, Peter Altmeier, l’homme de confiance d’Angela Merkel. En réalité c’est une proposition faite dans l’urgence, pour essayer d’amadouer la commission européenne, qui a lancé une mise en garde à l’Allemagne pour non-respect des normes environnementales. Les communes sont vent debout, mais que faire alors ? Lire la suite →
L’Allemagne, un pays ennuyeux? C’est désormais un cliché à revoir car c’est en fait le pays du suspense ! Plus de cinq mois après les élections, c’est le quitte ou double pour une éventuelle coalition avec Angela Merkel : les militants du parti de gauche social-démocrate, SPD, doivent donner leur réponse d’ici le début mars. Mais une autre décision est très attendue : celle de la justice sur une éventuelle interdiction des diesels en ville…Suspense encore ! Lire la suite →
L’avantage des jours fériés, c’est que l’on a le temps de se préoccuper « de la vraie vie », comme dit le journal Libération. Et justement, en sirotant mon café, je lis avec délectation la chronique intitulée « la vie rêvée d’un chat allemand » de la correspondante à Berlin, Johanna Luyssen.Du coup, je me sens moins seule, car moi aussi j’ai dû montrer patte blanche pour adopter un chat… Lire la suite →
Le résultat des élections n’en finit pas de secouer le pays. Les commentateurs filent la métaphore et évoquent le « déplacement de plaques tectoniques ». En cause, bien sur la perte d’adhésion aux grands partis, appelés ici « populaires » et l’entrée au Bundestag de l’extrême-droite avec le parti AfD (Alternativ für Deutschland). La chancelière Angela Merkel, symbole de la stabilité germanique, se retrouve en position de faiblesse. Et l’Allemagne en pleine introspection… Lire la suite →