L’Ecole des peintres de Cologne : à la recherche de la perle rouge

C’est un livre qui m’est arrivé par la poste. Comme un cadeau de nouvelle année. Il s’appelle La Perle rouge et son autrice Nadia Pla-Massoudy est une lectrice de Notices d’Allemagne. Son éditeur, les éditions Complicités, est le même que celui de mon propre ouvrage Puisqu’il faut partir. Autant de bonnes raisons pour évoquer cet épais roman de 410 pages. Un roman passionnant qui se déroule dans l’Allemagne du 16e siècle…

L’oeuvre du peintre Barthel Bruyn. Cologne. Ed. Complicités

Des personnages hiératiques illustrent la couverture de ce livre : un homme massif au lourd col de fourrure entouré de ses cinq enfants et qui, en posant ses mains sur leurs épaules signifie clairement son statut patriarcal et ses préférences. Sur le dos de la couverture, une femme, sans doute la mère, les cheveux invisibles sous une large coiffe, veille sur ses deux filles. Tous sont figés et sans sourire, ils ne donnent pas vraiment envie de découvrir ce roman. Et pourtant il s’agit de l’œuvre d’un des peintres les plus connus de l’époque : Barthel Bruyn qui a réalisé ce tableau en 1545 à Cologne. Il représente une riche famille de marchands, les von Gail qui a effectivement existé. Et c’est à partir de ce diptyque, découvert au musée du Louvre que l’autrice Nadia Pla-Massoudy explique être passée de « l’indifférence au coup de foudre et à l’envie d’imaginer la vie de ces neuf personnages. »

Comment peindre la perle rouge

Nous voilà donc transporté(e)s à Cologne dans la première moitié du 16è siècle. Et plus précisément dans l’atelier du peintre Barthel Bruyn qui doit justement terminer ce tableau. Le roman de Nadia Pla-Massoudy se base sur une intrigue, la recherche par le peintre Barthel Bruyn d’une « perle rouge d’un éclat divin », qui serait un des sept objets sacrés de la Vierge et remonterait même à l’époque de la fondation romaine de la ville Colonia par Aggripine ! Une longue quête enfiévrée sur deux générations s’en suivra, plus ou moins convaincante. Mais le vrai moteur de ce roman fascinant c’est la détestation et les amours cachés entre la famille Gail et celle du peintre Barthel Bruyn. On passe de l’atelier du peintre, lumineux à la boutique sombre du marchand d’épice et de pigments, qui va chercher au loin ses produits. Tous deux réussissent bien dans leur métier et s’enrichissent mais  leurs conceptions sont  opposées : la violence dans la famille von Gail, la sensualité et la douceur chez Bruyn. L’intrigue nous emmènera après moult rebondissements dans la famille de Luther à Wittenberg où se terminera la quête.

Amour contre patriarcat

Nadia Pla-Massoudy a tissé au fil d’or – pour rester dans la tonalité de l’époque -une histoire d’amour vibrante, à l’érotisme discret. Les personnages de femmes, malgré l’atmosphère et les contraintes patriarcales écrasantes, occupent le devant de la scène. Car la perle rouge ne se transmet que de femme en femme, ce rouge renvoyant bien sûr à la menstruation, signe de l’arrivée à l’âge adulte, mais aussi au sang versé lors de l’accouchement qui provoquera d’ailleurs au septième enfant le décès de l’héroïne Katharina von Gail. On vibre et on tremble, on compatit à la vie de cette jeune femme, en quelque sorte prisonnière dans la sombre boutique d’un mari froid et brutal avec comme seule distraction les comptes à faire. La tension du live qui se maintient au long des quatre cent pages provient du secret que doit garder la femme du négociant von Gail sur son amour pour le peintre Barthel Bruyn. Un amour qui perdure toute sa vie et se manifeste par la naissance d’un enfant qui ne découvrira que très tard le nom de son véritable père, Barthel Bruyn. Au passage, Nadia Pla-Massoudy rappelle le terrifiant personnage du grand inquisiteur Sprenger à Cologne, un Dominicain sadique, auteur d’un manuel le Malleus Maleficarum autrement dit le Marteau des sorcières qui explique comment arrêter, torturer et condamner les malheureuses femmes. Le danger rôde autour de Katharina von Gail.

Cologne au 16e siècle

Il s’agit d’un roman historique, et les lecteurs peu intéressés par ce domaine ne seront sans doute pas séduits par cet ouvrage. Pourtant Nadia Pla-Massoudy est érudite, mais n’en fait pas étalage. Ayant vécu à Cologne j’ai pu vérifier de nombreux détails, non seulement ils sont exacts, mais j’ai découvert, guidée par la main sûre de l’autrice, derrière les rues défigurées et commerçantes actuelles, la vie, les habitations, les ateliers de ces peintres et marchands, un foisonnement qui témoignait de la richesse de la ville au début du 16e siècle et que l’on a largement oubliés.

Au total, un livre très riche et instructif que j’ai lu d’un trait. Si vous aimez l’histoire et la peinture, vous vous régalerez. Apparaissent des personnages comme Lukas Cranach, Melanchton, Luther et même l’Empereur Charles-Quint qui, revenant des Pays-Bas, passe deux nuits à Cologne chez le richissime banquier Hackenay, surnommé le Fugger de Cologne. Le mystère de la Perle rouge maintient le suspense d’un bout à l’autre du roman. Cette perle rouge introuvable qui nous emmène jusqu’aux origines romaines de la ville de Cologne. Un dépaysement inattendu et réussi.

Copyright EC

Et dans la même veine historique et romanesque, mon roman:

Puisqu’il faut partir, Ed. Complicités (2022). En vente dans toutes les librairies et sur les plate-formes numériques (19€)

Ce roman évoque la saga d’une famille franco-allemande les Beck, et notamment le héros Dominik, qui quittent la Lorraine en 1789 et repartent dans leur village allemand d’origine. La révolution est sur leurs talons, les troupes déguenillées des Sans-Culottes, puis celles de Napoléon occupent leur village en Hesse rhénane. Sauront-ils survivre aux tribulations des guerres révolutionnaires, peut-être même tirer quelque profit de cette présence française ? Et quel sera l’horizon des nouvelles générations ? L’émigration est le thème de ce roman, qui, je l’espère saura vous captiver…