C’est par le plus grand des hasards, ou plutôt celui de ma télécommande , qu’en lieu et place d’une émission politique consacrée au coronavirus, j’ai débarqué sur la deuxième chaine de télévision, la ZDF où des images de toute beauté, une mer d’un bleu incroyable, avec des transparences vertes, ont accroché mon regard. La Bretagne, oui bien sûr !
Il ne m’a pas fallu longtemps pour reconnaitre Douarnenez et ses plages. Les cameramen de la 2eme chaine de la télévision allemande (ZDF) nous ont livré un véritable festival d’images carte-postale, coteaux verts et boisés de la ville qui se marient avec le bleu de la mer, la ville au creux de sa baie, et l’île romantique de Tristan ! Rien que du bonheur à déguster sans retenue sur son canapé, en ces temps hivernaux et sous menace du Corona. Et ce ne sont pas les téléspectateurs allemands qui vont me contredire puisque 15,8% d’entre eux ont regardé ce télefilm, soit 5,35 millions de personnes, d’après les chiffres du site d’observation Quotenmeter.de. Evidemment chez les plus jeunes le chiffre tombe à 6%, soit 0,54 Millions de spectateurs, néanmoins ces taux sont considérés comme une performance un peu au-dessus de la moyenne. Performance d’autant plus notable que la concurrence était rude, avec en face le polar culte et inusable «Tatort » dans la tranche très disputée du prime time du dimanche soir.
Coup de coeur pour Douarnenez
L’intérêt de ce téléfilm, outre sa coulisse somptueuse, tenait à la qualité des acteurs, comme par exemple Kristin Suckow et Karim Chérif, tous deux formés au théâtre. Karim Chérif,est d’ailleurs au moins bilingue. L’intrigue de cette bluette version 2021, nous présente une jeune citadine désabusée par une liaison qui vient de se terminer et à la recherche d’un nouveau départ. Loin de la grande ville, en l’occurrence Hambourg. La jeune femme rencontre un pêcheur breton qui lutte pour sa survie. Tous deux cherchent à acheter la même maison –forcément le cliché, chaulée en blanc, volets bleus et hortensias – l’un pour diversifier ses sources de revenus (la pêche est à peine rentable), l’autre, la jeune vétérinaire allemande, par coup de cœur. La lutte s’engage…
On nage en plein bonheur et en plein cliché, d’autant que la réalisatrice prend soin de ne pas préciser que la splendide mer bleue est souvent interdite à la baignade pour cause de pollution bactériologique, liée notamment à l’activité agricole ! Oublions aussi que du côté de la régie et du montage, il y a pas mal de flou.
Ce téléfilm est le septième d’une série intitulée Un été à…(Ein Sommer im… ). Des histoires romantiques qui se déroulent à chaque fois dans des décors qui font rêver le public allemand, en l’occurrence : Istrie en Croatie, le Tirol du sud, Anvers et l’île d’Elbe. Et désormais à l’honneur, la Bretagne. Cette région de France, longtemps cantonnée aux seuls passionnés, jeunes étudiants ou professeurs, était un peu le parent pauvre du tourisme allemand en comparaison de la côte d’azur ou de la Provence. Elle est désormais très présente sur les écrans germaniques.
Les polars à l’écran
Et parmi les promoteurs de la Bretagne à travers les productions télévisuelles, il faut citer les inusables polars de Jean-Luc Bannalec (un nom qui signifie genêt à balais en breton !) alias Jörg Bong, produits par l’ARD, la première chaine de télévision allemande. Les films atteignent régulièrement environ 20,6% de parts de marché, soit 6,74 millions de téléspectateurs lors de leur première diffusion. Un dixième épisode intitulé Bretonische Idylle est d’ailleurs prévu pour le printemps prochain. Bannalec et son personnage au nom ach, so französisch ! commissaire Dupin, ont écumé sans flancher tous les coins de Bretagne. Et le fameux commissaire, peut-être en mal d’inspiration, a même proposé un livre de cuisine! Mais il faut bien reconnaitre que les téléfilms, comme ses livres ont attiré des millions de téléspectateurs. Grace à eux, cette région est devenue plus familière aux Allemands. Les Bretons sont enchantés bien sûr et l’ont donc couvert de récompenses, comme en 2016 le titre de mécène de Bretagne par le Conseil régional… Jörg Bong, lui, est désormais millionnaire.
Romy Schneider à Quiberon

La Bretagne sur les écrans, c’est aussi, en plus tragique, 3 Jours à Quiberon, le film réalisé par Emily Atef avec Marie Baümer, Birgit Minichmayr et Robert Gwisdek comme acteurs. Un film sensible qui a reçu le Prix du cinéma allemand (Deutscher Filmpreis) en 2018. Il retrace les quelques jours de cure que Romy Schneider, dépressive, a passé en Thalasso à Quiberon avec son amie Hilde Fritsch. Elle a accepté de donner une interview à un journaliste du Stern, le grand magazine allemand, par amitié pour le photographe Robert Lebeck. Un exercice presque au-delà de ses forces. Rien n’est plus triste qu‘une station balnéaire hors saison, Quiberon ancien port de pêche transformé en haut-lieu touristique, avec ses hôtels et ses commerces fermés, n’y échappe pas. La mer y est violente et dangereuse, les falaises glissantes. Romy s’y casse d’ailleurs la cheville. Elle y donne sa dernière grande interview au Stern. Elle ne sait pas qu’un an plus tard, elle ne sera plus de ce monde. Un film à sa mémoire…


